L’Orchestre national Avignon-Provence dirigé pour la sixième année par la cheffe Débora Waldman musait ce soir-là au Grand Théâtre de Provence avec Jean-François Zygel dans « Mon Beethoven à moi ».
Jean-François Zygel renouvelle ici l’exercice du concert. Dans l’un des podcasts proposés sur le site des Théâtres, il sourit : « le concert est une sorte de cirque en musique » et revient sur son déroulement au fil de l’histoire. « Le concert traditionnel est réglé comme du papier à musique ». « Le concert-fantaisie est une invention de bout en bout (…) J’essaie d’inventer chaque fois un format. » « Que ce soit le contenant ou le contenu, on décide d’inventer les deux ». « Il y a quelque chose de l’acceptation de l’inattendu ».
« J’aime improviser, c’est pour cela que j’ai fait de la musique », affirme-t-il, rappelant les improvisations des musiciens de l’époque de Beethoven. Surgit l’anecdote de la représentation du 22 décembre 1808 à Vienne où furent données la Cinquième symphonie et la Symphonie pastorale et, entre les deux, on installa un grand piano sur la scène et Beethoven improvisa une demi-heure. « Le public voulait alors du nouveau !».
Se dessine le souhait de reproduire l’esprit des concerts du XIXème (« on reprochait parfois à Liszt de parler trop durant ses concerts ! ») où la surprise de l’improvisation et les propos du musicien rendaient chaque représentation unique.
Entre deux pièces, Jean-François Zygel improvise, reprend le thème, le développe, s’évade, revient, rêve un peu, musarde. C’est frais, léger, délicat, délicieux tout simplement. Avec des mots simples, des anecdotes cocasses, il donne à écouter l’orchestre, lui demandant à décomposer tel ou tel passage dont on entend les différents pupitres, souligne les apports du compositeur à la musique, le génie de substituer à la mélodie les cinq notes de la Cinquième, reprises deux-cents fois, l’introduction du Scherzo.
Jean-François Zygel / Débora Waldman © X-D.R.
La direction subtile de Débora Waldman s’adapte à cette manière pédagogue et ludique, sait reprendre le fil, retisser d’emblée une atmosphère grâce à des pupitres tous impeccables et nuancés. La Cinquième, la numéro Trois, « Héroïque », la Septième, la Valse en ré majeur (Danses de Mödling), la Pastorale, sans compter la Marche militaire pour piano à quatre mains ou l’Hymne à la joie entonné par la salle du GTP.
Jean-François Zygel nomme les musiciens, en invite sur scène, les fait applaudir, cite les noms des techniciens, n’oublie pas, rareté, l’accordeur (Fabien) sans qui le piano n’aurait pas si bien sonné, créant une intimité particulière non seulement avec les compositeurs et leurs œuvres mais aussi avec ceux qui les font vivre.
Malicieux, il jouera en bis une Lettre à Élise qui passe par tous les styles, pose en comédien accompli, bref, fait partager son amour de la musique, en livre quelques clés, s’amuse aux « informations d’initiés » qui peuvent être tout autant de canulars et pourtant son véridiques : le père de Beethoven l’avait « rajeuni » de deux ans pour mettre en avant l’enfant prodige, Johnny Halliday a bien déclamé un poème sur la Septième Symphonie, et la question de l’effigie de Beethoven sur les futurs billets de cinq euros (ou de représentations d’oiseaux) est à l’ordre du jour !
Une impression de liberté infinie se dégage de la représentation. Et c’est avec joie que le public apprend à la fin du concert que le pianiste, improvisateur, conteur, sera « artiste en résidence » au GTP la saison prochaine.
Concert donné le 28 avril 2026 au Grand Théâtre de Provence
Ainsi, il fait décomposer par l’orchestre les composants de l’orage de la Pastorale. Ceux-ci, « remontés » en une superbe gradation d’intensité n’en sont que plus saisissants.
