Ils aiment le Sud. C’est ce que répètent à l’envie les artistes invités par le Charlie Jazz Festival qui fêtait cette année sa vingt-huitième édition. 

Le 2 juillet, en ouverture, le public nombreux était accueilli par la Complèt’Mandingue et ses cinq musiciens (Stéphane Pardon, François et Vincent Domergue, Jérôme Burillon, Éric Houdart, Raphaël Petit) et leurs balafons portables. L’énergie joyeuse de l’ensemble se déchaînait avec un esprit potache et introduisait les concerts sous les platanes en défilés dignes du carnaval.

La première proposition donnait carte blanche au tromboniste Robinson Khoury, ses synthés modulaires, et ses complices, Isabel Sörling (voix, basses synthétiques), Lilian Mille (trompette et synthétiseur), Roxana Rastega et Yaoré Talibar (violons), Guillaume Latil (violoncelle) et Benjamin Flament (percussions).
Son spectacle Aria (prix Django Reinhardt 2024) se déploie entre les siècles et fait se rencontrer le baroque d’Henry Purcell, l’écriture sur le fil d’Arvo Pärt, et une inspiration personnelle qui voyage entre acoustique et électronique.

Le chant émerge entre les performances instrumentales, la voix d’Isabel Sörling se lance dans d’incroyables unissons avec le trombone, se dérègle, passe du murmure au cri, des aigus aux graves, de la mélodie fluide aux notes détachées, légères gouttes de pluie… Les deux violons répondent aux exacerbations du trombone qui parfois hésite entre souffle et voix, tandis que Robinson Khoury se tord comme un arbre, habité par ses créations électroniques, que clavier et percussions pulsent leur cœur battant et que le violoncelle s’enivre de courbes élégantes.  Matières et textures se marient en nouveaux envoûtements moirés d’une palette riche où jazz, Orient, électronique se fondent.

Après le lyrisme post-baroque de ce jeune septet, le légendaire guitariste Al Di Meola entrait en scène accompagné du guitariste Peo Alfonsi, compagnon de route de longue date et de Sergio Martinez aux percussions. Ce fantastique trio acoustique débutait par la douceur onirique de Vizzini (de l’album The Infinite Desire sorti en 1998 d’Al Di Meola). Les notes peuplent l’atmosphère de leur transparence. C’est l’été, on s’installe dans une bulle hors du monde où tout n’est qu’harmonie. Chaque vibration des cordes nourrit l’âme et l’auditoire est littéralement subjugué.

L’artiste le fait voyager où le souhaite, l’entraîne dans les variations du Fandango, les méditations contemplatives de Because (Tribute to the Beatles) et poursuit son hommage aux Beatles par In my life (Lennon/Mc Cartney) avec une guitare qui duettise avec les percussions en faisant sonner le thème sans aucune fioriture avant de l’emporter dans de subtils développements qui flirtent avec le flamenco avant d’aller déguster un Café aux côtés de Piazzolla, respirations lyriques éblouies…  L’élégance jazzy de That way before (Orange and Blue) précède la poésie hypnotique d’Azzura. Auparavant, l’enchanteur évoquait la danse de sa petite fille qui, à quatre ans, se plaisait à imiter les danseuses, Ava’s Dance in the Moonlight’, fragilité et enthousiasme espiègle de l’enfance

Peo Alfonsi & Al Di Meola © Festival Charlie Free

Peo Alfonsi & Al Di Meola © Festival Charlie Free

L’été s’invite dans les modulations d’Eden puis de Turquoise où la houle des notes s’élève soutenue par l’inventivité des percussions. Le fantastique Double Concerto, d’abord pulsé avec la complicité de l’auditoire, livre ses équilibres échevelés, ses duos de guitare virtuose, déclinant toutes les capacités des six cordes, des trémolos sur accords aux invraisemblables barrés, aux glissandi démesurés. Sa technique de picking rapide et précise, ses lignes mélodiques toujours fluides quelle que soit leur complexité donnent à son jeu un sentiment d’évidence. Conteur, il nous entraîne dans le flux de récits aux élans fous.
Peu importe le nom des pièces jouées, on se laisse happer avec délices. Instants d’éternité heureuse.

Concerts donnés le 2  juillet 2026 au domaine de Fontblanche de Vitrolles dans le cadre du Charlie Jazz Festival