La deuxième édition des Festivalines fondées par Almaz Vaglio et Jean-Jacques Sanchez a fait escale le 13 juin à l’Église de L’Estaque pour le programme intitulé Du fond des âges composé et interprété par la chanteuse Fanny Perrier-Rochas.

Une foule souriante se laissait happer en cette fin d’après-midi sur la place Malaterre de L’Estaque par la danse de Jean-Jacques Sanchez. Les bras ondoient, semblent donner forme à l’invisible tandis que les pas du danseur arpentent l’espace, lui accordant une géographie nouvelle entre les arbres, la croix monumentale et la silhouette de l’église. « Fermez les yeux et écoutons le vent » invite-t-il en reliant chacun des membres de l’assistance par un fil rouge. On sourit lorsque le chat de la place vient jouer avec l’un des brins de laine trop alléchant.

Douceur du moment… une voix s’élève, pure, intense, emplissant avec naturel les volutes légères du vent.
Fanny Perrier-Rochas passe entre les auditeurs, offrant son chant a cappella. Fil de la voix que l’on suit dans la nef de l’église.
Les harmoniques se jouent des volumes, dialoguent avec les murs, rebondissent  dans la lumière dorée de ce bâtiment aux lignes sobres.

Fanny Perrier-Rochas et Éléonore Pernet le 13 juin 2026 aux Festivalines en l'église de L'Estaque © MC

Une adéquation idéale s’instaure entre la simplicité de l’architecture et celle des lignes mélodiques que le violoncelle d’Éléonore Pernet vient souligner avec délicatesse. 

Il y a quelque chose de la révélation dans le répertoire abordé qui passe du grec ancien à l’araméen, l’arabe littéraire. Le cheminement de l’interprète est celui d’une prise de conscience intime : après des études à Sciences-Po tournées plus particulièrement vers les problématiques de l’urgence écologique, la jeune femme décide de devenir bergère dans le Queyras. C’est là qu’elle découvre sa voix (et sa voie). Elle passera alors les estives avec ses bêtes et l’hiver au conservatoire. Mais les opérettes qu’elle est amenée à chanter ne lui correspondent pas. 

Fanny Perrier-Rochas et Éléonore Pernet le 13 juin 2026 aux Festivalines en l'église de L'Estaque © MC

Elle va alors étudier à l’Institut International de chants sacrés à Paris auprès de Sœur Marie Keyrouz, musicologue et cantatrice qui lui fera découvrir les chants sacrés d’Orient et d’Occident et lui apprend que « le chant est l’unique occasion d’exprimer une vérité qui, autrement, serait inaudible ». 

Les chants millénaires venus du fin fond des montagnes de Syrie et du Liban déploient leur magie. « On revient à la source de la religion chrétienne, bien avant qu’elle se structure : il y avait alors juste des hommes et des femmes qui chantaient des prières dans les grottes », explique Fanny Perrier-Rochas, « tout est en nous, c’est la manière de regarder le monde qui va changer notre vie ».
Chants byzantins, chants en grec ancien, unissons et subtils tissages entre les deux voix des musiciennes… il est question d’amour, de la lumière qui vainc l’obscurité. Chaque terme joue sur l’ambiguïté du concret et du symbolique, matérialité et âme.   

Fanny Perrier-Rochas et Éléonore Pernet le 13 juin 2026 aux Festivalines en l'église de L'Estaque © MC

La chanteuse s’accompagne parfois d’un tambour dont les résonances explorent les divers échos de la salle, tantôt porté devant soi, tantôt élevé vers les voûtes. Elle ajoute le tissu mélodique d’une harpe celtique et même d’un bandonéon pour lesquels elle a composé des variations autour des thématiques chantées. Aux mélopées antiques s’ajoutent modulations des bergers lorsqu’ils appellent leurs bêtes, sonnailles, cris d’oiseaux, bribes diphoniques… tout un monde archaïque renaît, les frontières du temps s’effacent, les langues anciennes reprennent leur puissance évocatrice au premier sens du terme. Le récital prend alors un sens chamanique qui convoque les éléments. La chanteuse, pieds nus, renoue avec les forces telluriques en une incantation proche de la transe. Le chant devient ici le lieu d’une initiation mystique au cours de laquelle sont « traversées mille collines, mille tempêtes pour arriver jusqu’à toi ». 
Et c’est très beau.

 Le concert Du fond des âges a été joué le 13 juin 2026 dans le cadre des Festivalines en l’église de L’Estaque.

Photographies de l’article © MC