En 2025, Jean Rondeau faisait paraître chez Erato un coffret de dix CD et un DVD afin de rendre compte de l’oeuvre immense (134 pièces pour clavecin, 75 pour orgue, sans mentionner les oeuvres pour d’autres instruments, viole de gamme en tête!) de Louis Couperin, l’un des représentants les plus connus de la famille Couperin avec son neveu François Couperin. C’est une infime partie que le claveciniste offrait en florilège à l’abbaye de Silvacane le 30 juillet dernier.

Au programme, trois Suites étaient proposées, deux en ré et la troisième en sol, chacune suivie d’un Tombeau composé par un autre musicien (toujours du XVIIème siècle).

Ces clausules au rythme lent et méditatif destinées à rendre hommage à un grand personnage (mort ou vivant) refermaient ainsi les trois parties du concert, le peuplant d’autres voix et d’évocations recueillies. On entendait ainsi des auteurs peu joués, comme Ennemond Gaultier, « Gautier le Vieux » et son Tombeau de Mézengeau (confrère luthiste et ami de Gaultier), Jean-Henri d’Anglebert dans son Tombeau de M. De Chambonnières (claveciniste qui fut le maître du compositeur) et le Tombeau de M. De Blancrocher de François Dufaut (luth).

Jean Rondeau / Abbaye de Silvacane 2026 © Franck Denis

Les pièces écrites pour le luth ont été transposées pour le clavecin par Jean Rondeau.
(En rappel il offrira le Tombeau de M. De Blancrochet, mais de Louis Couperin!)

L’artiste ne dira rien tout au long de son concert mené sans interruption: la musique n’a pas besoin de commentaire. Le long prélude non mesuré (on est encore à une époque charnière de la notation musicale) qui ouvre le programme installe l’auditoire dans le fil introspectif du récital et semble vouloir dessiner les premières notes d’un monde nouveau.

Le claveciniste fait corps avec son instrument, se penche vers lui comme pour partager les secrets alchimiques d’une musique qui révèle tant de l’intime et nous pousse à un voyage intérieur peuplé de songes et de méditations. Les mouvements de danse alternent avec les paysages immobiles et les rêveries: le rythme sautillant des Canaries, danse baroque alerte évoquant les danses traditionnelles des Îles Canaries, succède aux évolutions lentes des Allemandes ou des Sarabandes, aux retenues graves des Courantes (malgré le nom il ne s’agit pas d’une danse si rapide que ça, mais, complexe et démonstration de pouvoir à la cour de Louis XIV), aux rythmes ternaires des Chaconnes…

Jean Rondeau / Abbaye de Silvacane 2026 © Franck Denis

On est frappé par la profondeur de son du clavecin de Jean Rondeau, sa rondeur, son épaisseur. Les cordes pincées acquièrent grâce à son jeu d’une largeur unique sur laquelle le musicien décline des reliefs, en sculpteur précis et nuancé. Le clavecin prend le tour d’une voix humaine, flirte avec les sonorités d’un violoncelle ou d’une guitare. La musique baroque devient alors source de toutes, préfigure le romantisme par ses élans exacerbés. « Voyage intime » annonce la note d’intention. On se trouve bien grâce à la magie opérante de l’interprète au coeur des remuements d’une âme humaine. Et c’est très beau. 


Concert donné à l’abbaye de Silvacane le 30 juillet 2026 dans le cadre du Festival de La Roque d’Anthéron

Crédit photographique : © Franck Denis

partition Louis Couperin © X-D.R.

Partition Louis Couperin © X-D.R.