Initié en 1991, le cycle des Études pour piano de Philip Glass constitue en deux volumes une somme qui permet de comprendre les principes de l’oeuvre de l’in des pères de la musique minimaliste et de l’école répétitive. En un peu plus de deux heures, Vanessa Wagner relève le défi de l’intégrale sous la conque du Parc de Florans.

Ces études pour piano sont divisées en deux cahiers de dix études chacun, représentant une synthèse du style et de la technique du compositeur. Initialement, le premier cahier a été conçu par son auteur afin de parfaire sa technique pianistique et d’enrichir le répertoire de ses concerts solo, le second est quant à lui destiné à un « interprète imaginaire » et l’artiste s’y autorise des mouvements plus lyriques. Vagues d’arpèges, motifs répétés ad libitum, envoûtements infinis, l’auditoire se laisse emporter dans le flux aux variations subtiles qu’arpente Vanessa Wagner avec intelligence. Pas d’applaudissements entre les pièces, les bras levés de la pianiste retiennent le fil mélodique et maintiennent l’attention. L’esprit parfois s’évade, on ferme les yeux par mieux se lover dans le frémissement des vagues de fond qui animent les morceaux parfois jusqu’à la transe comme dans l’étude n° 7 (la plus longue). On reste en suspens dans la n° 5, emporté par l’impétueuse n° 6… Comment ne pas parler le l’émotion délicate de la n° 8, de l’ivresse joyeuse de la 9, des échos d’Einstein de la 10….

Après l’entracte,(« si cela ne tenait qu’à moi, je ne ferais même pas de pause entre les deux cahiers » déclare la pianiste), le second cahier livre ses fastes. La main gauche quasi obsessionnelle laisse la main droite, aérienne, cristalline, s’emparer de la mélodie. L’étude n° 12 n’est pas sans évoquer ce que Vanessa Wagner rapporte dans son interview recueillies par Jérémie Szpirglas (imprimée sur la feuille de salle): « un ami pianiste qui l’a rencontré m’a confié que Glass lui avait dit: « il faut jouer ma musique comme du Schubert »; Et en effet, comme chez Schubert, on trouve chez lui une apparente simplicité, une élongation du temps, des reprises (beaucoup!), un sentiment de mélancolie, de l’humour, de la nostalgie, de la tendresse ». Elle affirme encore, résumant son art poétique: « Sa musique exige une vision d cela forme dans le temps, un contrôle de l’abandon émotionnel, un toucher coloré, ainsi qu’une certaine réserve qui ne doit pas verser dans la froideur.

Vanessa Wagner / La Roque d'Anthéron 2026 © Franck Denis

C’est une musique de l’équilibre qui laisse à l’interprète une grande liberté. »
Vanessa Wagner nous fait entrer dans une autre dimension où nous apprenons à lâcher prise afin de goûter pleinement ces ressassements, ces éclats, ces élans, ces ruptures, ces tournoiements jusqu’à la dernière étude où tout paraît s’arrêter, mais se poursuit comme un mouvement cosmique qui échapperait à toute prise. C’est beau, tout simplement!
Après le concert, les auditeurs échangeront les numéros de leurs études préférées, comme un menu de gourmets!

Concert donné au parc de Florans le 31 juillet 2026 dans le cadre du Festival de piano de La Roque d’Anthéron

Photographies © Franck Denis