66 pulsations par minute de Pauline Sales a fait battre à l’unisson les cœurs du théâtre des Ateliers  dans une mise en scène de Noëlie Giraud

Depuis 2024, le théâtre des Ateliers a ajouté un nouvel outil à sa démarche de transmission grâce à l’atelier de création adolescents ouvert à des jeunes gens qui pratiquent déjà le théâtre dans différents cours à Aix-en-Provence (conservatoire, option théâtre…). À la direction artistique et pédagogique, Noëlie Giraud amène ces acteurs en herbe à développer leurs talents, à prendre conscience des enjeux du plateau et du travail collectif.
À la suite de séances préparatoires permettant de découvrir les textes et de les distribuer à chacun des protagonistes, le travail de mise en place s’effectue très vite : trois journées de répétition intense, une journée de filage et les quatre représentations s’enchaînent, suivies toutes par une analyse de ce qui s’est passé, des points forts, des choses à améliorer ou à réfléchir davantage.
L’artiste associée au théâtre des Ateliers la saison précédente, Pauline Sales, dont la Compagnie d’entraînement avait interprété Les deux Déesses (lire ici )  a accepté que la pièce qu’elle avait écrite spécialement pour des adolescents, jeunes acteurs de la promotion 28 de l’École de la Comédie de Saint-Étienne dont elle est la marraine, 66 pulsations par minute, soit reprise par l’atelier de création adolescents 2025-2026.

Parcours initiatique

Avec un langage juste, le récit nous installe sur une placette de village, « un trou », où se croisent les adolescents du coin et ceux qui sont en vacances. Les cousins, Alba et Jacques aiment leurs étés à Saint-Evroult dans l’Orne, il y a les souvenirs, leur grand-mère Mamita. Avec l’adolescence, tout commence à leur sembler un peu vide, les adultes sont creux quelle que soit leur envie d’être proches des adolescents dont ils ne comprennent bien évidemment rien, sans doute et surtout quand ils affirment qu’ils l’ont été aussi !
Une jeune fille sauve d’un accident de la route une enfant prénommée Alice. Le père de cette dernière  lui offre en remerciement un coup à boire ainsi qu’aux autres « jeunes » disséminés sur la place. Le groupe se forme. Ils sont neuf: cinq filles, quatre garçons. Chacun est la cible des autres, leur répond, justifie… les portraits émergent, fragiles, emplis d’interrogations.

Autour de la piscine de Mamita, toute la troupe, cette « accumulation arbitraire de gens qui n’ont rien à faire ensemble », se réunit pour une beuverie libératoire. Alors, la surface des choses est grattée afin de révéler ce qui ne va pas de soi. Est-ce qu’arracher le film transparent qui protège cette surface des choses va permettre l’accès à leur vérité ou est-ce la fin d’une époque : « sans cette membrane, plus rien n’avait de sens : aimer ses parents, la tarte aux fraises, les vacances». 
Évoquant l’accident et le sauvetage, ils se posent la question du courage, de ce que représente cette notion.

66 pulsations par minute : Pauline Sales :théâtre des Ateliers 2026 © Noëlie Giraud

66 pulsations par minute / Pauline Sales / théâtre des Ateliers 2026 © Noëlie Giraud

S’esquisse alors une réflexion sur les rites de passage, appuyée sur des références antiquisantes (l’une des protagonistes est passionnée d’archéologie), prônant une éphébie (présentée en amalgame entre traditions grecques et romaines) permettant une transition entre l’enfance et l’âge adulte.
Un rite s’invente, à la fois cruel et transgressif. Il s’agit de rompre un équilibre ancien. Les adolescents plongent après l’acte dans une sorte de sommeil à la Belle au Bois Dormant. Leur victime veille, celui qui restera au village et emporte le souvenir du rituel dans la solitude future d’après l’été.

Une mise en scène efficace

La profondeur du propos irrigue la superficialité des formes verbales et la crudité du vocabulaire, qui sonne comme l’amorce d’une transgression libératoire.
Ce travail entre le dit et le non-dit est amorcé par le premier temps de la pièce, conçu comme une murmuration d’oiseaux : les neuf comédiens se massent dans le noir et leurs voix bourdonnent, enflent lors des passages de lumière, se rétractent lorsque l’ombre les recouvre en un mouvement somptueux. Cette image théâtrale, puissante, scelle toute la pièce, livrant les clés d’un âge où tout hésite malgré une vision manichéenne des êtres et du monde. Pas de conditionnel dans les formulations : les phrases sont affirmatives ou négatives et ne connaissent pas de « peut-être ». 
Les corps jubilent dans des danses pour lesquelles l’ensemble des acteurs se retrouve sur le plateau. Les musiques d’une époque correspondant à l’adolescence des « vieux » spectateurs envahissent l’espace sonore. Les adolescents se titillent, se jaugent, se heurtent, se séduisent, s’éloignent, reviennent. Il y a là-dedans l’attraction contagieuse du groupe avec ses émulations, ses paris, ses provocations. L’intime devient objet du commun, se dévoile comme malgré soi avant la « catastrophe comiquement sinistre qui s’appelle la vie adulte ».
Quel exercice périlleux accompli avec verve et fraîcheur ! Bravo !

66 pulsations par minute, vu le jour de la dernière, dimanche 17 mai 2026 au Théâtre des Ateliers.

Casting:
Arthur Bouché, Lou-Ann Diaferia, Axel Godin, Éloïse Gouilloux, Anna Guizier, Rose Housson, Billie Noël, Mathilde Trouillet, Esteban Vazeille
Lumières : Margot Noël
Mise en scène : Noëlie Giraud

Le texte de 66 pulsations par minute de Pauline Sales est édité chez Les Solitaires Intempestifs.

66 pulsations par minute : Pauline Sales :théâtre des Ateliers 2026 © Noëlie Giraud

66 pulsations par minute / Pauline Sales / théâtre des Ateliers 2026 © Noëlie Giraud