Le talent de Magali Villeret, fondatrice du Festival Mus’iterranée, est de dénicher des musiques et des musiciens qui parlent du monde, d’humanité, d’écoute, de bienveillance, avec une capacité de créer, de marier timbres et couleurs, de construire des paysages sonores qui prennent tous sens.

Lors de la dernière édition du festival, étaient invités le 27 mars dans la salle Jean Monnet de Meyreuil, Gil Aniorte-Paz et le 29 du même mois, Sylvie Paz au Cagnard. Le frère et la sœur s’invitaient tour à tour dans leurs concerts respectif, s’amusant à se découvrir avec un faux étonnement : « Je l’ai croisé (e) dimanche dernier chez mes parents ».  Tous deux, dans des registres différents se donneront carte blanche et inviteront sur scène les complices qui ont partagé leurs itinéraires musicaux. 

Y’a de la Rumba dans l’air

Devant une salle comble au point de devoir refuser du monde, Gil Aniorte proposait sa nouvelle création, Afro Rumba Club. La rumba au sens littéral du terme est une fête (en castillan). Le 30 novembre 2016, la rumba cubaine a été adoptée par l’UNESCO dans la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, et reconnue comme un « mélange festif de la musique et de la danse ».

Gil Aniorte au chant et à la guitare ne se contenta pas de convier son auditoire au cœur de la fête, mais le conduisit au cœur d’un véritable parcours, passant d’un continent à l’autre, plongeant dans les racines africaines, jonglant entre les rythmes et les textes. Si la « rumba (le, Gil Aniorte) suit comme une ombre », le rapprochant de ses racines andalouses et de Garruchete, elle prend aussi une dimension politique et lui permet d’évoquer les grandes figures des mouvements progressistes d’Afrique, comme le président Sankara du Burkina Faso, « la patrie des personnes intègres », anti-impérialiste et symbole des luttes pour la liberté au point d’être considéré comme le « Che Guevara africain ». 

Mus'iterranée 2026 Concert Gil Aniorte

Entre l’Afrique et Cuba, la Rumba danse, s’étire entre ses trois compas principaux, flamenca, cubain, africain, trois pôles autour desquels les couleurs se posent, s’accentuent, s’éclairent, les voici sous les lampions d’une placette qui suivent les petits pas des danseurs, petits pas qui mènent à la révolution, du Congo à Cuba, surmontant les souffrances et s’évadant des rues de Bamako. 

La Rumba s’envole dans les volutes de la flûte traversière de Quiniro Guevara (aussi au saxophone et aux claviers), tourbillonne, trublionne dans Kinshasa indépendante, marie les entrechats du tchatchatcha aux méandres d’un fleuve noir, s’embrase des élans du jazz en hommage à Jean-Pierre Rampal, se chaloupe, s’enivre dans les percussions débridées de Nadia Thighidet et de Thibaut Gueriaux, soutenue par l’impeccable basse qu’est Bernard Menu. 

Mus'iterranée 2026 Concert Gil Aniorte

Les complices de Radio Babel Med viennent sur le plateau ainsi que Sylvie Paz. Les concerts des uns et des autres sont annoncés, Au-delà des Mers, Maturity Project (Nadir Ben), Cartes blanches… La musique est ici affaire d’amitiés au long cours, de rencontres, d’écoutes, servie avec un talent fou, des instrumentistes au sommet de leur art qui savent traduire l’air du temps et résistent contre les folies du monde par la magie des harmonies et les voix des poètes. 

 Odyssées ?

Au Cagnard, niché au sommet d’une colline boisée, Sylvie Paz bénéficiait de la même liberté que son frère. Aux percussions, l’incroyable Nadia Thighidet offrait une époustouflante variété de tempi sur lesquels la chanteuse, guitariste, palmiste, percussionniste, compositrice, tissait un « voyage familial et amical de cœur, dédié à ceux qui sont partis et à ceux qui arrivent et à nous qui sommes vivants ». 

Son Odyssée débutait en clin d’œil au concert de Gil Aniorte, par une Rumba, puis s’ancrait dans la terre de l’Amérique du Sud avec une chanson d’Atahualpa Yupanqui. La voix lance son appel, puissante, parle de douceur, d’amours, de vies, d’exils, de retours, convoque les poètes, Aragon dans la musique de Léo Ferré, Borgès, Rosalía de Castro, grande poétesse de la Galice du XIXème siècle qui évoqua la campagne galicienne, l’émigration, les fêtes et les tristesses paysannes… Les rythmes balkaniques entrent en scène avec leurs sept temps, les palmas sont de mise lorsqu’il s’agit d’évoquer la lune de Lorca ou les ombres flamencas d’une Espagne rêvée. 

Mus'iterranée 2026 Concert Sylvie Paz

Tchoune, dans le public, est alors appelé, de même que la magnifique chanteuse Kalliroi Raouzeou, le fou de guitares Emmanuel Bighelli, Gil Aniorte bien sûr qui viendra avec une chanson écrite pour sa sœur, puis les passionnées de chant qui travaillent avec Sylvie Paz chaque semaine à la Maison de chant de Marseille, rejointes par Cathy Heiting qui se livrera à ses vocalises de diva pour célébrer la fête. Da me la luz ! avant la folie joyeuse qui referme le concert. Les auditeurs ont du mal à repartir, certains s’attardent pour manger un morceau, discuter, les conversations se prolongent dans la douceur du soir. Bonheurs !

Ces concerts ont été donnés les 27 et 29 mars dans le cadre de Mus’iterranée 

Photographies de l’article © MC