Sur une commande du Teatro Goldoni de Venise, la Compagnie Finzi Pasca a composé le nouvel opus qui a déjà parcouru les scènes de l’Europe entière, Titizé-Un rêve vénitien.

S’emparant de la puissance onirique de cette ville aux multiples reflets, Daniele Finzi Pasca propose une œuvre miroitante composée en kaléidoscope, ou en galerie d’art. les tableaux se succèdent avec finesse et élégance, les univers nimbés de lumières délicates se voient traversés d’acrobates improbables, d’élans défiant les lois de la gravitation, en des compositions visuelles de toute beauté que soulignent avec finesse et parfois ironie les compositions de Maria Bonzanigo.

Dix interprètes se partagent le plateau, acrobates, acteurs corporels musiciens. Du foisonnement des formes naissent des évocations des diverses images que nous avons de Venise : se croisent au fil des évolutions, gondoliers, masques, personnages de commedia dell’arte, Guitti (ces acteurs ambulants qui sillonnèrent l’Italie depuis le Moyen-Âge), danseurs, espiègles musiciens, sirènes, baleine, armure animée, scaphandrier, rhinocéros et éléphants…
On se laisse séduire par les acrobaties aériennes (sangle, cerceau aérien, mât chinois…) ou au sol, roue Cyr, vélo acrobatique, jongleries… La séance des verres musicaux offre sa magie tandis que les vêtements vaporeux des femmes qui semblent émaner d’une fantaisie picturale, déclinent leurs couleurs vives.

Titizé-Un rêve vénitien © Viviana Cangialosi

Titizé-Un rêve vénitien © Viviana Cangialosi

Les références aux peintres pourraient tenir des pages. Contentons-nous de songer à la fin du spectacle avec ses étonnants rhinocéros et éléphants. On se demande si Ionesco a glissé quelque chose ici, mais non, il vaut mieux penser aux tableaux de Pietro Longhi qui fut surnommé le « Lancret vénitien » qui « immortalisèrent » le Rhinocéros (exposé à Venise) et la Présentation de l’Éléphant qui raconte la venue d’un éléphant à Venise en 1774 (c’est du moins la date du tableau) et sa « présentation » aux seigneurs de la Sérénissime.

Pas de récit mis en scène dans ce spectacle qui renoue avec ce qu’est le cirque à ses origines : une succession de numéros. L’un d’entre eux se détache de l’atmosphère onirique de l’ensemble : filmée au sol et son image projetée sur un plan vertical, l’action des personnages devient ahurissante, ils se tiennent à l’envers, sur le côté, s’élèvent vers des sommets sans se soucier de la gravité, les objets apparaissent et disparaissent inopinément.
Tout est sur scène, l’artifice est exposé. Pourtant, même si l’on voit les « ficelles » du jeu, on rit et on s’émerveille ! 


Titizé-Un rêve vénitien © Viviana Cangialosi

Titizé-Un rêve vénitien © Viviana Cangialosi

Ainsi, personne ne s’était étonné auparavant de voir une sirène traverser le ciel puis un nageur avec sa bouée, une baleine venir errer au-dessus du public, le haut et le bas se confondre, les objets changer de fonction, les époques se catapulter, les stucs des plafonds se mettre en mouvement, les décorations baroques emplir l’espace de leurs volutes changeantes…
Il y a aussi un parfum de Mort à Venise dans les scènes de plage, avec les costumes de bain d’un autre temps, et la blancheur de certains costumes. Venise convoque tant de strates de mémoire !
C’est aussi, sans doute, une façon de souligner à quel point le regard du public est essentiel dans le déploiement des fastes du spectacle. Le philosophe uruguayen Facundo Ponce de León Reyes a qualifié l’approche artistique de la Compagnia Finzi Pasca de « théâtre de la caresse », une manière de rendre tangible l’invisible…

Spectacle donné au GTP les 17 et 18 mars 2026