Les festivals se multiplient sur les territoires du Sud, il y a les « grands », à portée internationale, et ceux, plus modestes mais d’une irréprochable qualité qui perdurent contre vents et marées et maintiennent une programmation originale et sans compromis. Indubitablement Les Soirs d’été Durance Rive gauche (auparavant Soir d’été de Silvacane) font partie de ceux-là.
Grâce à eux, on découvre des ensembles qui ne sont pas familiers des grands médias, et qui pourtant empoignent les foules et les font danser!
Rappel de la première soirée de ce festival dans le cadre idyllique du parc de l’abbaye de Silvacane alors que la chaleur oppressante du jour s’atténue.
Faire chanter les rossignols
Initialement attendu en première partie de soirée, le groupe Neskoh Akustik avait dû déclarer forfait (son leader ayant subi une lourde opération), mais, relevant le défi à guitare levée, le quintette folk marseillais Rascal Saloon investissait la scène avec ses mots et ses musiques avec un talent fou. Autour de Nicolas Coutier, (guitare folk, guitare électrique ou mandole) se déployaient les talents de ses complices, Thierry Vaudé (mandoline, guitare folk, banjo, chant…), Victor Steil (Accordéon, mellow tone, harmonica, guitares, chant), Raphaël Rossignol (Cajon, bodhran, cuillères, chant…) et Emmanuel Rossignol (Basse, contrebasse, violon, chant).I
Les textes de Nicolas Coutier viennent scander le spectacle. On le voit arpenter les rues de Dehors, sous un « ciel qui se fout du temps qui passe » dans Attendre avec des chromatismes descendants à la guitare sur des mélodies celtiques tandis que les ostinatos des cordes semblent mettre le temps en pause, l’enserrant dans leur boucle où se greffent les rêveries de l’accordéon. Ce dernier prend des accents de cornemuse dans une danse irlandaise que les percussions rythment avec une fougue bienvenue. Les poèmes de Nicolas Coutier prennent un tour mythologique, embrassent les mondes dans un imaginaire aux ramifications proches de celles des BD de Philippe Druilhet avec un personnage qui « se baigne tous les matins dans le sang d’un animal (…) et peut se transformer en cheval ».
On plonge dans l’univers des westerns d’Ennio Morricone où galopent les chevaux soulevant des nuages de poussières… On croise Jacques Brel lorsque « La route toute droite, se pend entre le ciel et un canal ». Alors, « les corbeaux s’envolent en prière dans la lumière ». On s’attable au banquet de la vie même si « un jour (je) sortirai de moi »… Entre Irlande et Amérique, les musiques voyagent, airs traditionnels, improvisations, mots, se coulent dans une forme de récit aux couleurs de blues et de folk. Le public est conquis par « ces crapules musicales super douées » ainsi qu’ils se désignent!
Retrouvailles jubilatoires!
L’année 2026 a tout de même connu une véritable bonne nouvelle: le retour du groupe mythique Poum Tchack qui, après plus de mille concerts en Provence et dans le monde entier avait fait une longue pause de plusieurs années. 25 ans!
Les voici de nouveau réunis : Alexandre Morier (guitare), Manu Reymond (contrebasse), Jean Philip « Pee Wee » Steverlynck (violon, chant), Samuel Bobin (batterie, chant) et Olivier Dambezat (guitare, chant).
Si on leur demande comment ils ont eu envie de renouer avec leur répertoire, ils sourient, espiègles. Le récit change selon les narrateurs, mais il est toujours question d’une soirée bien arrosée et festive et d’une décision prise vers trois heures ou trois heures et demie du matin. Rien n’a changé de leur verve, de leur humour malicieusement potache, de leurs improvisations déjantées, de leur occupation scénique, avec les bonds de Per Wee, les solos éblouissants de chacun, les pauses bière, (mais chut! Il ne faut pas le dire!), les tenues acrobatiques des instruments, les invitations à danser adressées au public qui ne se le fait pas dire deux fois et envahit l’espace herbeux qui fait face à la scène. Il y a les enfants qui caracolent, les couples qui retrouvent des pas oubliés, des solitudes qui se déhanchent pour le plaisir, les amis qui se retrouvent et discutent tout en levant bras et jambes en des rythmes parfois approximatifs (le terrain n’est pas aisé!), mais cultivant tous un art de Lal joie communicatif qui fait écho à celui développé sur le plateau.
On voyage dans les souvenirs, les danses d’Europe de l’est, une Hora bulgare, une milonga, une valse, un swing, une espagnolade au cours de laquelle les interprètes miment une corrida fantasque, une nostalgie klezmer, un détour par le « petit jardin » de Jacques Dutronc, une rêverie sur une Gnossienne d’Erik Satie, un détour par le classique Tico Tico du jazz manouche, une anthologie musicale sur le thème du Bésame Mucho de Consuelo Vélasquez (1935, mais déjà initié par l’un des thèmes du Concerto pour piano en la mineur op. 54 de Robert Schumann!) mais aussi de célébrissime Andante du Trio n° 2 opus 100 de Schubert (celui que tout le monde connaît grâce à Barry Lindon de Kubrick!).
Victor Steil (des Rascal Saloon) et son accordéon sont appelés sur scène pour des duos et trios époustouflants et des tutti somptueux, dont une version mémorable du Libertango de Piazzolla.
Bien sûr une chanson russe offrira ses volutes mélancoliques, sublime avec son violon, ses accords de guitare, les sonorités de sa langue, suivie par un air tsigane. C’est en bis que les paroles de la dernière chanson seront traduites : « C’est l’histoire d’un petit oiseau qui marchait dans la neige laissant les traces de ses pattes. La neige a fondu et l’écriture a disparu. Le peuple tsigane cherche toujours cet écriture et cet oiseau qui sans doute était une alouette ». Le violon devient alors l’oiseau, flirte avec celui de Pierre et le Loup de Prokofiev, danse sur le fil de tous les styles des musiques traditionnelles et populaires, jazz, swing, accents de limonaire et Kiss me d’Elvis Presley. Comment s’arrêter!!!
« Si vous voulez des disques, on doit en avoir quelques uns, de toute façon ils sont en libre accès sur le web! Nous n’avons pas l’intention de faire de l’argent avec ça ! Nous n’avons pas des envies de yacht! » sourient-ils. La grâce de la décontraction, du bonheur de partager la musique, de jouer dans toutes les acceptions du terme, et d’être toujours d’excellents musiciens, quel combo! On en redemande!
Concert donné le 3 juillet 2026 à Silvacane dans le cadre des Soirs d’été Durance Rive Gauche
Photographies © M.C.


