Un triomphe pour Les Vêpres siciliennes au Festival d’Aix 2026 dans une version de concert dirigée par Daniele Rustioni avec le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra de Lyon!
Présenté comme un opéra français, puisque Verdi en le composant répondait, à la suite du succès italien de son Rigoletto d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo, à une commande de l’Opéra de Paris en vue de l’exposition universelle de 1855. Un cahier des charges particulier s’imposait alors, quatre ou cinq actes, distribution et orchestre foisonnants, ballet, effets spectaculaires et intrigue d’origine historique. Les cinq actes de cette énorme machine écrite sur un livret en français d’Eugène Scribe et Charles Duveyrier demandent des voix, un chœur et un orchestre virtuoses.
Unité italienne
Le lundi de Pâques 1282, une émeute ensanglanta Palerme, capitale du royaume de Sicile occupé à l’époque par les Angevins et leur roi, Charles 1er d’Anjou qui voulait appliquer les mêmes taxes en Sicile qu’au royaume de France et sévissait avec cruauté sur la population. Le massacre dura deux jours et fit à peu près 8000 victimes dans la garnison.
L’œuvre fait partie de la constellation qui anime la flamme politique du compositeur et le consacre comme l’un des artisans de l’unité italienne et fera qu’en 1859 la foule accueillera la création du Bal masqué par des Viva Verdi ! dont les initiales seront le cri de ralliement autour de Victor-Emmanuel roi d’Italie. Bref, le sujet, adapté aux fastes du Grand Opéra (Berlioz à l’écoute parlera de « la majesté souveraine de la musique »), offre au compositeur l’espace d’une ample fresque historique qui, interprétée par une distribution de rêve et un orchestre particulièrement inspiré, a ébloui la salle du Grand Théâtre de Provence.
Une version de concert de haut vol
La direction de Daniele Rustioni est d’une impeccable justesse, passionnée, intelligente et emplie d’humour. Le corps du chef d’orchestre se tord, se plie, épouse les fluctuations des tempi et des intensités, flirte avec les hauteurs, les intentions, les émotions, transcrivant une lecture vivante qui sait démêler les fils d’un récit complexe, lui apportant une clarté que sa luxuriance pourrait noyer.
Les premières mesures de l’Ouverture ont la douceur fragile du calme avant la tempête alors que déjà, au loin gronde l’orage.
Les thèmes se dévoilent dans une flamboyance à la palette nuancée.
Les scènes intimistes livrent de sublimes duos et solos tandis que celles où les chœurs rejoignent l’orchestre vibrent d’élans spectaculaires.
Michele Pertusi campe un Jean Procida, patriote exalté, dont la rage contre les Français se refuse à toute concession, tandis que, découverte de la soirée, le baryton Insik Choi insuffle à son personnage, le terrible Guy de Montfort, une touchante humanité par le velouté de sa voix, sa tenue large qui semble ne jamais forcer.
Le ténor John Osborn incarne avec des aigus de toute beauté et un phrasé élégant le rôle d’Henri, déchiré entre son amour pour Hélène et la Sicile et sa toute neuve piété filiale (il se découvre fils du chef des occupants, Guy de Montfort). À sa délicate musicalité répond celle, expressive et subtilement lyrique de la duchesse Hélène, Karine Deshayes, fascinante d’émotion et de finesse, émouvante dans sa noblesse, son dévouement, sa droiture face aux compromissions des hommes qui l’entourent.
Les seconds rôles sont à la hauteur des premiers et contribuent à la belle homogénéité de cette version, on écoutait avec plaisir Ugo Rabec, remplaçant Adrien Mathonat, Jusung Park, Thomas Dear, Niamh O’Sullivan, Samy Camps, Ronan Caillet et Grégoire Mour. L’ensemble est sculpté avec une précision d’orfèvre et Daniele Rustioni en grand maître d’œuvre mène l’action avec une énergie dont les pulsations irriguent les lignes de force jusqu’à l’apothéose du dernier chœur, scellant les débuts sanglants de la révolte, bouleversant l’auditoire. Puis le silence s’abat sur une salle sidérée d’émotion avant l’explosion des applaudissements et des rappels sans nombre.
Représentation unique pour ces Vêpres siciliennes le 16 juillet 2026 dans le cadre du Festival d’Aix.
Elle pourra être réentendue sur les antennes de France Musique le 26 juillet à 20 heures.
Photographies © Vincent Beaune



