Intelligemment, Aix en juin prélude aux grandes manifestations de juillet. C’est ainsi qu’un petit bijou d’orfèvrerie a préparé les publics aux représentations au Théâtre de l’Archevêché de La Flûte enchantée de Mozart, Des Enchantés par Samuel Lachmanowits de la Compagnie du Schmock.

Iphigénie, Salomé, WoyzeckSamuel Lachmanowits a coutume d’adapter et porter dans l’univers du théâtre d’objets les grands opéras. Il en fait ressortir les lignes de force, démêle la complexité des intrigues, rend lumineuse l’approche des œuvres auprès de tous les publics. Cette saison, en amont des représentations du Festival d’Art lyrique d’Aix, il donnait ainsi aux spectateurs une occasion de redécouvrir le sujet de La Flûte enchantée de Mozart (opéra programmé les 2, 5, 7, 11, 13, 15, 17, 19 & 21 juillet) avec Des Enchantés. Nombreux étaient les membres de l’assistance qui, au sortir de la séance, avouaient avoir compris pour la première fois toute l’intrigue ! 

Dans l’ombre qui nourrit les contes, une main écarte le rideau noir dont les pans encadrent la scène, une tête surgit, attend, puis un personnage entier se détache et s’avance vers la petite scène disposée à mi-hauteur et surmontée d’un petit lit vivement éclairé qui tourne au gré des notes fragiles qui président ordinairement à l’endormissement des bambins.
« Sous nos paupières sableuses, quelques personnages s’inventent… » Le conteur nous invite aux racines des récits, extrayant des miroirs des ombres les volutes des mythes. 
Le petit lit du sommeil s’envole avec ses sonorités aigrelettes, place à l’histoire…

Des Enchantés / Festival d'Aix © Vincent Beaume

Les protagonistes en sont stylisés, statuettes incomplètes, masques d’or et d’argent, figurines lumineuses, tête de mort. Le « sol » de sable (celui-là même qui se trouvait sous nos paupières endormies ?) voit se dessiner des méandres révélant les couleurs qui symbolisent le serpent qui attaque Pamino, les voies de l’initiation des jeunes gens afin qu’ils accèdent à une vérité supérieure et se comprennent à l’issue d’un cheminement qui les a fait grandir.

La flûte enchantée est représentée par une breloque de verre taillé qui diffracte la lumière, les clochettes de Papageno se transcrivent visuellement par la vaporisation d’un spray à paillettes… La fantaisie et l’invention contribuent à la magie du spectacle où la narration s’émerveille aux accents des bribes d’airs de l’opéra.
Imposants, voici Sarastro, masque d’or « minoen » qui s’élève au-dessus des êtres qu’il semble dominer, et la Reine de la Nuit et son masque d’argent lunaire. Les objets dessinent ici l’opposition entre les deux personnages, soleil et astre de la nuit, opposés par nature et qui pourtant se rejoindront à la fin, le comédien s’octroyant de droit de réunir les deux faces, l’ombre et la lumière, en une réconciliation salvatrice qui ne rejette personne mais amène chacun à accepter l’autre. 

La poésie de l’instant se love dans les interrogations universelles et nous ouvre au monde, tandis que le petit lit des songes retrouve sa place apportant avec lui la nostalgie éblouie des rêves.  

Des Enchantés a été joué les 26 & 27 juin 2026 à La Manufacture d’Aix-en-Provence

Photographies © Vincent Beaume

Des Enchantés / Festival d'Aix © Vincent Beaume
Des Enchantés / Festival d'Aix © Vincent Beaume