Dans le cadre d’Aix en juin, en prélude au Festival d’Aix-en-Provence, le trio TinniT déployait les grâces jazziques de son palindrome sur la scène du Pavillon Noir.
Hacène Zemrani (saxophone et composition), Youcef Bouzidi (basse électrique) et Nazim Ziad (batterie) n’envisageaint pas leur réunion destinée à la formation d’un groupe.
Il s’agissait juste du plaisir de créer et de faire de la musique ensemble, dans la lignée de l’esprit de l’OJM, des enseignements de Fabrizio Cassol, de l’amour du jazz, du refus d’entrer dans des cases même si le trio s’inscrit dans la jeune scène jazz algérienne émergente : si le groove des traditions nord africaines offre ses pulsations et ses tempi, l’écriture efface les frontières, tenant à la fois de la performance improvisée, de la rencontre entre les instruments de facture occidentale et les inspirations orientales.
Peu importe l’origine géographique, la musique englobe traditions et création contemporaine, voyage de l’Andalousie aux Balkans, quel que soit le support choisi ! Le saxophone, la basse, s’orientalisent, la batterie trouve dans ses échos les sons des percussions persanes puis retrouve l’esprit d’un Dave Brubeck.
Hacène Zemrani / Tinnit © Vincent Beaume
Poèmes de la vie
Tout commence par un appel, Oran call, qui, par le biais de l’histoire d’un petit garçon évoque la dualité des sentiments, envie de renouveau et résilience… Malicieux, Hacène Zemrani s’excusait du temps de préparation à l’écoute : il débutait par l’enregistrement sur un boucleur de mélodies, de souffles, de nappes sonores composés grâce à son EWI (Electronic Wind Instrument), dont les extraits seraient intégrés aux divers morceaux du concert, écrins modulés sur lesquels le saxophone ténor ou la basse se prêtent aux rêveries les plus libres.
Assem traite de l’identité. Les première notes solitaires du boucleur sont reprises à l’unisson par le saxophone puis la basse, telles une interrogation réitérée sur un rythme asymétrique… l’unité de soi par le mouvement qu’implique l’impair.
Les mesures à sept, neuf, onze temps (superbe « Endékagone ») offrent leurs variations subtiles aux solos éblouissants de la batterie auxquels répondent les accents survoltés du saxophone et des phrasés de la basse qui s’évade en cadences qui rappellent le jeu de la guitare sèche. Les instruments se refusent à un ancrage dans les rôles impartis à tel ou tel style musical mais les appréhendent tous, les mêlant, les heurtant, les fusionnant avec une liberté folle.
Youcef Bouzidi / Tinnit © Vincent Beaume
Les duos /duels de la basse et de la batterie (tous deux souvent dédiés à la percussion dans les groupes de jazz) se résolvent avec élégance en trio, le saxophone rétablissant l’équilibre. Dans Meet You, les bruits de gare et leurs annonces se fondent dans des séquences arpégées ostinato. Cette pièce a été écrite à six mains : la première partie par Hacène Zemrani, la deuxième confiée à Youcef Bouzidi et le tout lié par le jeu avec Nazim Ziad. À la réflexion légère voire amusée sur les histoires amoureuses répond celle, inquiétante de l’Expérience de Mort Imminente (EMI), qui résonne comme un mantra. S’établit alors une fine distorsion entre la musique répétitive, boucle d’éternité et l’impermanence des êtres, tourbillon envoûtant que la ballade donnée en bis viendra conclure, redessinant les mirages du temps qui passe.
Concert donné au Pavillon Noir dans le cadre du Festival d’Aix le 24 juin 2026
Ce concert est labellisé Saison Méditerranée 2026 de l’Institut français.
Nazim Ziad / Tinnit © Vincent Beaume


