Évènement au Grand Théâtre de Provence parmi tous les fantastiques moments qu’a réservés le Festival de Pâques 2026, la venue d’Emmanuel Pahud, sans doute le plus sinon l’un des plus grands flûtistes actuels, a transporté l’auditoire.
La première partie du concert était consacrée au redoutable Concerto pour violon en ré mineur qu’Aram Khatchatourian dédia à David Oïstrakh et qui lui valut en 1941 le Prix Staline pour les arts. Encouragé par Khatchatourian lui-même, le flûtiste Jean-Pierre Rampal transcrivit le concerto pour flûte traversière. Pour des nécessités liées aux capacités différentes des instruments (la flûte et le violon n’ont pas le même ambitus et le souffle humain a des contraintes évidentes que l’archet ne connaît pas), l’instrumentiste changea la cadence du premier mouvement et adapta certains passages tout en en conservant l’essentiel et ne simplifiant en aucune manière les folles difficultés de la partition. Peu de musiciens sont capables de tenir une telle gageure ! Emmanuel Pahud si, et avec une telle aisance et un tel naturel qu’on ne se rend pas compte quel invraisemblable Himalaya est cette œuvre !
L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège sous la houlette de Lionel Bringuier offrait un écrin luxuriant aux élans de la flûte qui esquisse les tonalités d’une danse populaire puis s’étire en sonorités qui défient la matière qui les a vues naître, aériennes, fulgurantes, tissant des phrasés vertigineux, s’envolant dans trille d’oiseau qui se mettrait à dialoguer avec une âme humaine. L’air est apprivoisé du fil le plus ténu aux houles les plus amples. Le public est ébloui par un tel feu d’artifice de sons qui savent si bien conjuguer musiques populaires arméniennes et facture classique.
En bis, Emmanuel Pahud, comme en réponse musicale aux déchaînements actuels, interprétait Pour une communion sereine de l’être avec le monde d’André Jolivet qui écrivait à son propos : « Je reste de plus en plus persuadé que la mission de l’art musical est humaine et religieuse (dans le sens de re-ligare) ».
La seconde partie, l’orchestre restait seul avec son chef pour la Symphonie n° 6 en si mineur « Pathétique » de Tchaïkovski. Évitant l’écueil du sentimentalisme, cette superbe phalange aux pupitres solides offrait une lecture lyrique et passionnée, avec des cuivres d’une impeccable justesse et des cordes dessinées avec la précision d’une eau forte.Le silence sur lequel le chef d’orchestre et l’orchestre tout entier se figèrent à la dernière mesure ménagea un temps de concentration et de paix d’une sublime intensité.
Pas de rappel, heureusement, tout était dit !
Concert donné le 8 avril 2026 au Grand Théâtre de Provence dans le cadre du Festival de Pâques.
Photographies de l’article: Orchestre Philharmonique Royal de Liège. Lionel Bringuier, direction. Emmanuel Pahud, flûte traversière. Grand Théâtre de Provence. Aix-en-Provence. 08/04/2026. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques

