Multi primé (premier prix du 27e Concours international de piano Clara Haskil en Suisse, «Audience Award », « Prix Modern Times », « Prix Coup de cœur », médaillé d’argent au concours Tchaïkovski de Moscou en 2019…), le pianiste Mao Fujita, toujours vêtu de sa grande vareuse de peintre du XIXème, reste d’une simplicité désarmante.

Sur l’immense scène du Grand Théâtre de Provence, le piano prend une autre dimension sous les doigts du jeune pianiste de vingt-sept ans. C’est d’abord le velours irrigué d’ondes passionnées de la Sonate n° 1 que Beethoven dédia à Haydn, puis la surprise de l’enchaînement de deux pièces très peu jouées, « Dans l’album de la Princesse Metternich » pour piano en do majeur de Wagner et les 12 variations sur un thème original d’Alban Berg. Le passage de l’une à l’autre de ces deux pièces est imperceptible tant elles semblent découler d’une même pâte sonore, subtile et ample, telle une longue méditation où les songes égarent le promeneur.

Après ces raretés, le pianiste s’attachait à l’une des œuvres les plus jouées de Mendelssohn, ses Variations sérieuses. Elles furent écrites sur une commande de l’éditeur Pietro Meccchetti qui souhaitait publier un volume collectif, rassemblant des pièces de Mendelssohn, Lizst, Chopin, Czerny, entre autres afin de récolter des fonds destinés à ériger un monument en hommage à Beethoven. Les variations étaient fort prisées par Beethoven et son siècle : basés sur des airs célèbres, elles permettaient au compositeur de développer une infinité d’ornementations, de changements de tonalité, d’expansions inventives (bref la variation est l’un des modes féconds de la création musicale et ce depuis toujours). 

Mao Fujita, piano. Grand Théâtre de Provence. Aix-en-Provence. 31/03/2026. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques

Souvent qualifiées de « brillantes », elles seront, comme par un espiègle pied de nez, « sérieuses » chez Mendelssohn mais d’une vivacité et d’un brio que l’interprète rend avec une conviction qu’aurait pu perturber un malaise dans le public (il semblerait sans gravité) provoquant le départ de toute une rangée pour laisser passer les secours. 
La deuxième partie du récital était consacrée au monument qu’est la Sonate pour piano n° 1 de Brahms. Le piano se fait harpe, convoque des multitudes, se mue en orchestre, puissant, raffiné. Le lyrisme de la Mort d’Isolde de Wagner/Liszt finit d’emporter l’auditoire. L’osmose entre l’interprète et le piano est telle qu’on a l’impression que deux êtres se rencontrent, l’un se penchant vers l’autre, confident d’une âme, partageant des secrets dont la force nimbe les interprétations flamboyantes d’une présence indicible. 
En bis, le jeune pianiste offrira une mélodie et un lied de Rachmaninov, la première dans une transcription du compositeur et la seconde transcrite au piano par l’interprète lui-même. Fulgurances de la beauté


Concert donné au Grand Théâtre de Provence le 31 mars 2026 lors du Festival de Pâques.

Photographies: Mao Fujita, piano. Grand Théâtre de Provence. Aix-en-Provence. 31/03/2026. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques 

Mao Fujita, piano. Grand Théâtre de Provence. Aix-en-Provence. 31/03/2026. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques