« Ces morceaux, je les ai écrits dans mes rêves » (Kalliroi Raouzeou)
La chanteuse, interprète, instrumentiste et compositrice Kalliroi Raouzeou offrait la primeur de sa nouvelle création au PIC qui l’avait accueillie en résidence avec ses musiciens, Jérémie Schacre (guitare électrique, habillage sonore), Samuel Diouf (claviers, synthétiseur) et Matteo Nocera (batterie, percussions).
Trois langues mêlant leurs sonorités, grec, français, anglais, sont convoquées dans ce spectacle baptisé Waves and particles. Ce titre se réfère à un concept de la mécanique quantique qui définit la dualité onde-corpuscule, et attribue aux électrons et aux photons des propriétés corpusculaires ou ondulatoires selon les conditions dans lesquelles ils sont placés. Cette dualité fondamentale trouve par le biais de l’art de Kalliroi Raouzeou une complexité qui se double de motifs en épure et plonge l’auditeur dans un univers vibrant et poétique. Pas besoin d’être grand mathématicien pour l’écoute ! L’émotion s’empare d’emblée de l’assistance.
En avant-concert, le directeur et fondateur du PIC, Raoul Lay, sourit en présentant les inspirations qui nourrissent l’artiste grecque, musique répétitive de Philip Glass, harmonies venues de l’Orient et de l’Occident, passion des sciences… « La mécanique quantique rejoint celle des vagues, la répétition arrive comme un flux qui nous emporte » explique alors Kalliroi qui s’installe seule au piano pour une première pièce au nom grec, Ίρις (Iris), sur un rythme à neuf temps, tout de volutes sur lesquelles la voix lumineuse de la chanteuse se déploie, enlacement subtil aux envoûtements pianistiques.
Il n’est pas besoin de paroles ici, mais de l’approche d’une palette aux couleurs qui se fondent, arc-en-ciel musical mimant celui du nom de la messagère des dieux qui, dit-on, déployait son écharpe lorsqu’ils voulaient s’adresser aux humains…
Au fil des morceaux, les autres musiciens sont appelés sur scène en commençant par Mateo Nocera pour Only whispers où une voix d’ange accompagne une âme dans les rues et sa maison afin de poursuivre sa route vers la lumière. Cette quête se résout dans l’Éternel retour (Aionia épistrophi, Aιώνια επιστροφή) et ses orbes délicats avant le kaléidoscope acrobatique du Dodékascope (Δωδεκασκόπιο) qui explore les possibilités du nombre douze (se référant aux douze demi-tons de la gamme). La nostalgie de Low entropy se mêle à La couleur que tu as dessinée (Το χρώμα που ζωγράφισες), on retourne sur les mêmes chants d’autrefois (Same old songs), la radio (superbe Radio 5 dont le titre évoque 2+2=5 de Radiohead) orchestre ses souvenirs, le Printemps nous promet la fraîcheur de ses renouveaux (Ήρθε η άνοιξη).
Kalliroi Raouzeou © Virgile Robert
Le public est invité à prononcer en grec Décapentasyllabe (Δεκαπεντασύλλαβος) (en référence au vers de quinze syllabes, pendant grec de l’alexandrin français aux douze syllabes)… Les nombres s’invitent dans les méandres de la création, musique des mots, des notes… est-ce une allusion à l’harmonie ou musique des sphères pythagoricienne qui postulait l’agencement des planètes en rapports numériques harmonieux ?
Les gammes de l’Orient répondent à celles de l’Occident, les élans jazziques fusionnent les mondes, les ondoiements des thèmes dévoilent d’insoupçonnés estrans qu’une houle sans cesse renouvelée vient recouvrir.
Mécanique quantique ou mécanique des vagues, peu importe au cœur de cette mécanique des songes qui s’orchestre entre inspiration intime et réminiscences de Lena Platonos, Radiohead ou Philip Glass ! Le résultat est bouleversant de beauté. Superbement accompagnée par ses musiciens, Kalliroi Raouzeou propose ici un nouveau recueil que l’on espère retrouver bientôt dans les bacs !
Waves and Particles, Kalliroi Raouzeou from East to West, a été joué le 15 février 2026 au PIC.
Let it fall (ici, version antérieure sans les complices de Kalliroi) sera redemandé en bis