Dirigé par José Martinez, le Junior Ballet de l’Opéra de Paris, créé en mai 2024, poursuivait sa longue tournée par une halte au Grand Théâtre de Provence, permettant d’apprécier le talent de ses jeunes artistes engagés sur la voie de la professionnalisation.
Les quatre œuvres du répertoire au programme offrent un terrain de jeu brillant à la jeune troupe en arpentant un large pan de l’histoire du ballet. D’abord, était lancé le défi de l’Allegro Brillante de George Balanchine, dansé la première fois en 1956. L’horlogerie précise de la composition fait dialoguer ensembles et duo en une danse exigeante qui déploie les éléments de la grammaire classique sur la musique du Concerto pour piano n° 3 de Tchaïkovski.
La créatrice du rôle principal, Maria Tallchief qualifia cette œuvre de « romantisme russe expansif ». Malgré la difficulté de la danse, on sent chez les jeunes interprètes une joie réelle de se confronter à cet incontournable classique. Cette joie doublée d’une espièglerie potache se retrouvera encore davantage dans la dernière pièce, Mi Favorita de José Martinez, (création le 7 avril 2002 à Vevey, Suisse), sur une musique de Gaetano Donizetti.
Junior Ballet de l’Opéra national de Paris © Julien Benhamou
Les dix-huit danseurs et danseuses s’en donnent à cœur joie dans cette chorégraphie qui rend hommage aux grands de la danse. La feuille de salle spécifie avec humour : « toute ressemblance avec des ballets existants n’est pas fortuite et l’auteur tient à remercier pour leur collaboration Marius Petitpa, William Forsythe, George Balanchine, Rudolf Noureev, Fred Astaire, Jirí Kylián, Pierre Lacotte, Lev Ivanov, Claude Brumachon, Patrice Bart, Jules Perrot et Jean Coralli, Harald Lander, Jean-Claude Gallotta… sans oublier Louis XIV ‘Le Roi Soleil’ ».
On s’amuse à retrouver les traces des chorégraphes dans la série de tableautins, les danseurs se jaugent en une émulation joyeuse et parfois mutine (entre les « scènes de ménage », la fausse blessure d’une danseuse qui laisse son partenaire dans le désarroi et le bouquet de fleurs lancé par une admiratrice à une danseuse star, négligemment jeté derrière le rideau !) dans cet assemblage hétéroclite de références.
Une expressivité délicate
Les deux pièces centrales du programme séduisent particulièrement par la force expressive des danseurs. Requiem for a Rose d’Annabelle López Ochoa met en scène un premier rôle d’une belle intensité, un cœur battant en académique épuré autour duquel tournoieront bientôt les danseurs et danseuses en jupes rouges, déclinaison de corolles ondoyantes. La modernité de la partition de la soliste face au évolutions plus classiques de l’ensemble crée un contraste dont l’élégance se pare d’une délicate poésie.
Enfin, la Cantate 51 de Maurice Béjart s’empare du récit de l’Annonciation et offre un sublime dialogue intimiste entre l’Ange et la Vierge, enveloppé comme dans une enluminure de deux solistes femmes. Costumes blanc immaculé, lignes superbement orchestrées, tout concourt à la magie et à l’émotion. Le mystère opère dans le jeu solaire des interprètes de la Vierge, souveraine dans son rôle, et de l’Ange, spiritualité exaltée par la musique de Bach. Le petit ballet des jeunes garçons qui interviennent à la fin de l’œuvre ajoute à l’esthétique de la miniature, écrin finement dessiné autour du moment sacré.
Junior Ballet de l’Opéra national de Paris © Julien Benhamou
Quelle belle préparation à un avenir que l’on souhaite peuplé de réussites et de découvertes !
Spectacle donné du 8 au 10 mars 2026 au GTP, Aix-en-Provence

