Ils se présentent ainsi, « une fête à la campagne », ces habitués du festival Mus’iterranée, les Soneros del Caribe. L’invitation est lancée : appel à la joie partagée dans la magie d’airs venus des Caraïbes et servis par une équipe internationale : Cesar de Santiago au chant leader et à la trompette est originaire de Mexico, Rafael Genisio aux congas et chœur, de Cuba, Alejandro Spina aux congas et bongo, d’Argentine, Marcelo Chaug à la contrebasse, du Chili, Didier Duchesne au trombone, de Manosque et Boris Sudres au tres cubain (une guitare fabriquée à partir du XVIIème siècle à Cuba), de la « Républica Démocratica de Marsella », bref, de la ville internationale de Marseille !
Par le nom de leur groupe, ces musiciens revendiquent l’improvisation comme reine : les « soneros » s’emparent des « soneos » de la musique salsa, ces espaces d’improvisation, pour montrer leurs capacités d’invention, se livrant à de véritables pyrotechnies vocales.
Le culte de l’improvisation déborde sur les instruments qui ouvrent l’espace sonore à des variations inspirées et parfois espiègles sur les thèmes des chansons interprétées.
La trompette et le trombone apportent leurs éclats lumineux, les percussions s’emportent en rythmes époustouflants.
La fantaisie gagne même les supports musicaux : une gourde métallique servira de slide de guitare au tres cubain pour des glissandi acrobatiques après que Boris Sudres eut flirté avec d’impossibles aigus, allant au-delà des limites de l’instrument.
Soneros del Caribe à La Destrousse © M.C.
Le répertoire des musiques des Caraïbes se joue des distances et des époques. On voyage avec des airs du Buena Vista Social Club, internationalement connu, avec Ismaël Rivera, « El Sonero Mayor », (l’improvisateur de Première) qui fut chanteur et compositeur portoricain de salsa, Ibrahim Ferrer, le chanteur cubain et la familia Valera Miranda, sans doute la plus importante famille de musique traditionnelle de Cuba avec son répertoire de « son » et de « bolero » sensuels.
Attention ! il n’y a pas que les morceaux endiablés sur lesquels le public est invité à danser, mais des passages plus intimes d’une belle émotion, comme le superbe Silencio d’Ibrahim Ferrer ou la reprise émouvante de Dos gardenias para ti. Le voyage outre-Atlantique permet de sourire de l’actualité, de la nouvelle appellation du golfe du Mexique, qui autorise celle du « golfe de l’Estaque », autrement plus sympathique ! Invité sur scène Pascal Llinares, figure incontournable de la scène des musiques d’Amérique du Sud (entre autres !), apportera sa voix à la chanson Chan-Chan et El Carretero (Buena Vista Social Club).
Soneros del Caribe à La Destrousse © M.C.
Les chants de travail et de douleur deviennent ici chants de joie. Et on se laisse porter avec délices…
Concert donné le 29 mars 2025 à la salle Les Pléiades de La Destrousse dans le cadre du festival Mus’iterranée
Le tres est un instrument rudimentaire originaire de Cuba et s’est répandu petit à petit dans toute la musique latine. Si l’on parle d’origines « rudimentaires », c’est qu’il fut taillé d’abord dans le bois épais des cageots de morue (en fait des foies de morues dont on extrayait l’huile pour le « bonheur » des enfants contraints à en ingérer des cuillères destinées à favoriser leur croissance). Le terme « tres » a été accolé à cet instrument car il était tendu de trois paires de cordes (et même trois groupes de trois au départ) filées à partir de boyaux d’agouti semble-t-il. Aujourd’hui, ce sont six cordes en métal, une lisse et une filée par paire, qui offrent un univers sonore clinquant et joyeux.
Le « son » cubain mêle origines européennes (tres, guitare, contrebasse, mélodies) et apports africains (avec bongos, claves, polyrythmie). La force de ce genre musical est d’avoir su intégrer les autres formes qui sont arrivées après lui, comme le « bolero-son », le « guaguancó-son » et la « guajira-son ».
D’après le chanteur portoricain Gilberto Santa Rosa « un sonero est un chanteur de salsa qui a la capacité d’improviser et qui a aussi une maîtrise du rythme qui lui permet de jouer avec la clave ».