Il y avait quelque chose du show à l’américaine dans le fantastique récital que donna Nadine Sierra ce soir-là au Grand Théâtre de Provence, impeccablement accompagnée au piano par son complice Bryan Wagorn.
La première partie du concert était réservée à une promenade au cœur des chansons et des comédies musicales culte en débutant par l’incontournable Summertime du Porgy and Bess de Gershwin qui prend une belle ampleur, porté par la voix de soprano lyrique de la cantatrice. On apprécia ses beaux graves dans Maria (l’air de Tony dans West Side Story de Bernstein). D’emblée, Nadine Sierra avait « brisé la glace », rappelant par son programme d’où elle vient et où elle vit, l’Amérique, « pas celle de Trump » sourit-elle en insistant « la musique est universelle ».
S’appuyant sur les origines multiples de sa famille, Porto Rico, Naples, le Portugal, elle avouait avoir concocté un tour de chant qui évoque ces lieux. C’est pourquoi, après un superbe Beautiful dreamer de Stephen Foster et un théâtral I could have danced all night extrait de My fair Lady de Lerner and Loewe, elle passait à un répertoire convoquant le compositeur mexicain Manuel Ponce pour une Estrellita toute de délicatesse, puis de Gerónimo Giménez la zarzuela Me llaman la primorosa (El Barbero de Sevilla) qui permit à la chanteuse de jouer avec humour des passages grandiloquents, insistant sur une tombée de note, une reprise de souffle sur une tenue outrageusement allongée.
Le chant est un art et un jeu tout autant. Quelle maîtrise pour s’en amuser avec une telle virtuosité ! Après les trois chansons de Joaquín Turina, Homenaje a Lope de Vega, (hommage au poète, fondateur de la Comedia nueva ou tragi-comédie et surnommé par Cervantès comme « le Phénix, le monstre de la nature »), elle se livrait à l’exercice quasi obligé du Sole mio d’Edouardo di Capua et Alfredo Mazzucchi. Bon, « c’est d’habitude pour un ténor mais je m’en moque » (« Usually it’s for a tenor, but I don’t care »), s’exclama-t-elle.
Après l’entracte, si elle reprend par la Melodia sentimental de Villa-Lobos et Engheno novo d’Ernani Braga, variant ainsi les tempi entre le languide et le dansant, elle aborde, enfin, les œuvres d’opéra où sa voix se love avec délices. Sublime d’émotion dans le Vissi d’arte de Tosca (Puccini) sur lequel plane le souvenir de la Callas, que ce soit dans le timbre ou la gestuelle, elle laissera de côté le Casta diva de la feuille de salle pour un marathon au cœur du premier acte de la Traviata en un flamboiement qui subjugue l’auditoire.
Prouesses vocales, attitudes, expressivité, tout est là pour que le personnage de Violetta s’incarne sur scène, et que se laisse entendre en creux la voix d’Alfredo. La douceur de Care compagne … sovra il sen de La Sonnambula de Bellini devait refermer le concert… en réalité c’est à une troisième partie que les applaudissements nourris de la salle convièrent les musiciens qui offrirent un feu d’artifice de bis où ils arpentèrent La Bohème de Puccini, Je veux vivre (Roméo et Juliette) de Gounod mais aussi les chansons connues telles Cielito Lindo ou le célébrissime Bésame mucho… Un vrai festival par cette immense soprano colorature !
Concert donné au Grand Théâtre de Provence le 7 avril 2026 dans le cadre du Festival de Pâques
Photographies de l’article: Nadine Sierra, soprano. Bryan Wagorn, piano. Grand Théâtre de Provence. Aix-en-Provence. 07/04/2026. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques


