Le bel ensemble des Voix Animées ne cesse d’explorer les répertoires de la musique de la Renaissance. Son travail de recherche, de recensement, d’étude historique, musicale, permet aux auditeurs une reconstitution sonore et vivante de ces années qui se révèlent d’une infinie richesse de compositions et d’inspirations.
Le programme Soror Mea s’attache plus particulièrement à la figure de Marie-Madeleine, Sainte patronne de la Provence. Nombreux sont les compositeurs à s’être emparés du thème. Le baryton-basse Luc Coadou, directeur artistique des Voix Animées, s’est intéressé principalement aux œuvres de l’école d’Espagne du Sud (précisant qu’au Nord de l’Espagne, l’école était plutôt franco-flamande).
Les voix de Sterenn Boulbin (soprano), Esther Gutlub (mezzo-soprano), Vincent Candalot (contre-ténor), Damien Roquetty, Camille Leblond (ténors) et de Luc Coadou tissent alors dans la belle acoustique de la chapelle des Oblats les compositions de Cristobal de Moralès, Manuel Cardoso, Francisco Guerrero, Alonso Lobo et Raffaella Aleotti. Les thèmes des chants a cappella mais aussi les itinéraires des musiciens sont expliqués avec une fine sobriété par Luc Coadou.
Des rapprochements sont menés entre motet et messe-parodie (rien de comique là-dedans, mais une imitation mélodique et rythmique qui sonne comme un développement et un hommage à la pièce initiale), ainsi le Prudentes virgines de Francisco Guerrero sera suivi sans pause par la messe Prudentes virgines (les jeunes filles sages) d’Alonso Lobo qui fut l’assistant et le successeur de Francisco Guerrero à la cathédrale de Séville. Ce dernier fut aussi un grand voyageur et édita l’ouvrage à succès, El viage de Hierusalem, y relatant ses pérégrinations à Jérusalem (il fut capturé par des pirates sur le chemin du retour et libéré moyennant rançon).
Les Voix Animées © X-D.R.
Poursuivant les filiations, l’ensemble interprètera en ouverture le Veni Domine de Cristobal de Moralès, né à Séville, organiste au service de Borgia, qui, de retour en Espagne sera maître de chapelle à Tolède où il eut Francisco Guerrero comme élève !
Les musiciens voyagent beaucoup déjà ! Aussi, le programme reprenait le Mulier erat in civitate de Manuel Cardoso, compositeur et organiste au couvent des Carmes de Lisbonne, ami et protégé du roi João IV. La beauté de la partition fait regretter la parte de la plus grande partie du travail de ce compositeur lors du tremblement de terre du 1er novembre 1755 de Lisbonne.
Enfin, occupant une place centrale dans le concert avec quatre œuvres présentées, la compositrice Raffaella Aleotti de Ferrare. Jeune virtuose au clavecin, elle fut chef d’orchestre, compositrice, organiste, claveciniste, auteur, mais aussi moniale et prieure du couvent Augustin de Saint Vito à Ferrare. Son importance fut telle qu’elle a fait paraître ce qui est considéré comme la première partition de musique sacrée composée par une femme à être imprimée ! Roland de Lassus avait en haute estime cette compositrice qui l’influença. Raffaella était le prénom de nonne de cette musicienne talentueuse, aussi, elle signe selon les périodes de sa vie du prénom Vittoria (son nom de baptême) ou de Raffaella.
Partition de la Renaissance © X-D.R.
Entrelacements, chants diffractés par chaque voix, échos, canons, tissage aux délicatesses d’enluminures, on se laisse prendre dans les orbes souples des mélodies dont la poésie enveloppe l’auditoire….
Concert donné le 26 juin 2026 à la Chapelle des Oblats, Aix-en-Provence (malheureusement un jour de match qui fit perdre une partie du public fasciné par le sort international d’un ballon disputé par l’équipe de France à celle de la Norvège, score, 4 pour la France et 1 pour la Norvège)
La suite de la programmation des Voix Animées ici: https://www.lesvoixanimees.com/

